Biodiversité et open data

Biodiversité et open data

Biotope - 15 février 2016

"L'open data naturaliste", nouveauté intégrée par la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, au projet de loi pour la biodiversité suscite un certain nombre de réactions. En effet, dans l'article 3 ter du texte prévoit que « les maîtres d’ouvrage, publics ou privés, doivent contribuer à cet inventaire national par la saisie ou, à défaut, le versement des données brutes de biodiversité ­acquises à l’occasion des études d’impact des plans et programmes (…) et des projets d’aménagement ». Le texte précise que ces informations « sont diffusées comme des données publiques, gratuites, librement réutilisables ».  Ces données naturalistes doivent être versées à INPN (Inventaire national du patrimoine naturel), qui dépend du MNHN (Muséum national d'histoire naturelle). Aujourd’hui, l’INPN contient 35 millions d’entrées sur 160  000 espèces de faune ou de flore françaises. 5 000 nouvelles données par jour sont saisies, grâce à l'outil de saisie en ligne.

Cependant, la construction d’une telle mémoire naturaliste, publique et transparente, divise les experts. «  Je suis favorable à la transmission de données, mais de manière encadrée. Cette mesure est absolument inapplicable en l’état. C’est une bombe », lâche Frédéric Melki, président-fondateur de Biotope, premier bureau d’études français dans l’environnement, avec 240 salariés et un millier d’études par an. Et d’énumérer la liste des « problèmes à régler » : à quel moment les données seront-elles fournies au Muséum ? Quel sera leur degré de précision ? « Si on n’attend pas la fin de l’instruction d’un dossier et la délivrance du permis de construire, on s’expose à la divulgation d’informations confidentielles aux concurrents, de même que si les données sont trop fines », poursuit-il. Enfin, reste à savoir qui va financer la diffusion de ces informations. « La création de bases de données coûte cher. On dépense entre 5 000 euros et 1 million d’euros par inventaire. »

De manière étonnante, les réfractaires au partage des inventaires de faune et de flore ne se retrouvent pas forcément dans le secteur privé. Ainsi, au MNHN, seuls quatre des 17 programmes de sciences participatives protocolés de ­Vigie-Nature sont versés à l’INPN ! L’établissement est partagé entre deux écoles, celle de l’open data contre celle de la protection des données. Sachant que les contraintes techniques et financières freinent tout le monde.

« Centraliser les données brutes, oui ; les mettre en accès libre à tous, non », tranche Frédéric Jiguet, qui gère les observatoires oiseaux de Vigie-Nature. Le chercheur craint surtout «  les risques de détournement des informations par des groupes d’intérêt, comme nous l’avons déjà subi avec la Fédération nationale des chasseurs par exemple ». Le danger réside également, ajoute-t-il, dans la course à la recherche à laquelle se livrent les grandes universités mondiales : « Nous pourrions être “pillés” par des chercheurs concurrents, qui publieraient dans les revues scientifiques à partir de nos jeux de données. »

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Tetrax tetrax - Crédits : X. Rufray, Biotope