PROJET

PRESENTATION DU PROJET O.M.A.I.R.

Oiseaux Marins, Aménagements et Infrastructures à La Réunion

La Réunion présente à la fois une biodiversité exceptionnelle (l’île fait partie de l’un des 34 «  hotspots » de biodiversité mondiale : Myers, 2000 ; Mittermeier & Gil, 2004) et un développement démographique, urbain et infrastructurel parmi les plus denses dans l’Océan Indien occidental. Les particularités physiques de l’île (relief extrêmement accidenté, climat tropical avec des évènements météorologiques exceptionnels du type cyclones, pluies torrentielles, etc.) limitent les variantes d’aménagement et imposent des solutions d’infrastructures surdimensionnées. Cette situation entraîne une interaction croissante entre infrastructures et biodiversité, pouvant dans bien des cas menacer cette dernière. Les projections de développement humain et économique de l’île (un million d’habitants prévus en 2030) penchent logiquement vers un accroissement de cette tendance.

La Réunion vu du ciel de jour - GOOGLE EARTH ©

A partir de cette photo aérienne, on peut observer l’étendue de l’implantation des aménagements urbains (zones résidentielles, industrielles, commerciales …)

Parmi les éléments remarquables de la biodiversité réunionnaise, les oiseaux marins sont particulièrement menacés par les aménagements et infrastructures. En effet, La Réunion abrite six espèces d’oiseaux marins (tous protégés) nicheurs, dont 4 font partie de la famille des Procellariidés. Deux d’entre eux sont endémiques à l’île : le Pétrel de Barau (Pterodroma baraui) et le Pétrel noir de Bourbon (Pseudobulweria aterrima) qui sont classés respectivement « en danger d’extinction » (depuis 2000) et « en danger critique d’extinction » (depuis 1994) par l’UICN (Union International pour la Conservation de la Nature). Les deux autres Procellariidés sont plus communs dans l’Océan Indien (le Puffin tropical, Puffinus lherminieri), voire plus largement répartis dans la zone tropicale (le Puffin du Pacifique, Puffinus pacificus) (cf. rubrique « OISEAUX MARINS »).

Comme tous les oiseaux marins, ces espèces dépendent à la fois du milieu marin pour leur alimentation (céphalopodes et poissons, en haute mer) et du milieu terrestre pour leur reproduction (accouplement, ponte, couvaison et élevage de l’unique poussin). De plus, elles présentent la double particularité d’être nocturnes sur les lieux de reproduction et de nicher sur les falaises, du littoral jusqu’aux plus hauts sommets de l’île. Ce mode de vie les rendent très vulnérables vis à vis des aménagements et infrastructures, notamment parce qu’elles doivent survoler très régulièrement les zones aménagées pour passer d’un milieu à un autre.

Par ailleurs, en dépit du caractère patrimonial, de l’intérêt en terme de conservation de ces espèces endémiques et du fait de leur biologie (mœurs nocturnes, implantation des colonies sur des milieux souvent inaccessibles, rythme migratoire, taille de population …), peu d’études ont été réalisées d’une manière générale sur ces 4 espèces à La Réunion (notons cependant un travail remarquable réalisé sur le pétrel de Barau ces dernières années dans le cadre d’une thèse universitaire au sein du laboratoire ENTROPIE (ex-ECOMAR) de l’Université de La Réunion). L’état des connaissances sur les Procellariidées à La Réunion est globalement partiel et ancien.

Puffin du Pacifique en vol - Vincent Delcourt - BIOTOPE ©

La Réunion vue du ciel de nuit - NASA Earth Observatory / NOAA NGDC, 2012 ©

D’une manière générale, plusieurs risques menacent les populations d’oiseaux marins à La Réunion. Les Procellariidées sont très sensibles aux éclairages artificiels qui les désorientent. Ceci est particulièrement vrai chez les jeunes lors de leur premier envol, provoquant une série d’échouages massifs. Les oiseaux sont alors dans l’incapacité de s’envoler de nouveau et sont conduits à une mort certaine (déshydratation, prédation, inanition, stress) s’ils ne sont pas récupérés. Ce triste phénomène est observé depuis longtemps à La Réunion (Le Corre et al. 2002, 2003). Les vols nocturnes augmentent les risques de collisions contre des infrastructures telles que des lignes électriques, des ouvrages d’art, des haubans, des unités de production énergétiques, des bâtiments, etc. La reproduction en falaise les rend particulièrement vulnérables notamment vis-à-vis des dispositifs de protection (filets de protection) qui sont installés pour protéger entre autres, les routes des chutes de pierres (modification et réduction des habitats favorables). Les chantiers associés à cet aménagement au sens large sont également connus pour leur interaction avec les espèces ciblées. Enfin, l’étalement de la tâche urbaine et lumineuse (et infrastructures associées), rapprochent davantage les colonies des activités humaines à impact direct  (perturbation sonore, activité de nature …) mais aussi indirect (ouverture du milieu, décharges sauvages…) entraînant la prolifération de prédateurs – rats et chats notamment.

 

 

 

Exemple de filets de protection d'une infrastructure routière - BIOTOPE ©

Parc éolien à La Réunion - BIOTOPE ©

Le développement démographique, économique et infrastructurel de l’île va se poursuivre et s’intensifier afin de doter l’île de voies de circulation fluides et sécurisées, d’unités de production d’énergie (terrestres et marines) importantes et novatrices, d’espaces urbains supplémentaires pour répondre aux enjeux considérables que La Réunion porte dans tous ces domaines. Bien que partiellement mesurés, les impacts associés sont très largement constatés. En effet, à titre d’exemple, en 2010, 2228 oiseaux ont été accueillis par le centre de soin de la SEOR, dont 90 % étaient des oiseaux marins. Sur cette même année, 845 (42%) étaient des pétrels de Barau, et 960 (48%) puffins tropicaux. La grande majorité de ces oiseaux étaient des jeunes.

Pont haubané sur la Route des Tamarins - BIOTOPE ©

Pour contribuer à la préservation de la biodiversité, il est indispensable de doter les aménageurs et décideurs d’outils d’aide à la décision spatialisés intégrant l’ensemble des données relatives aux oiseaux marins à très forts enjeux patrimoniaux (localisation et taille des colonies de reproduction, couloirs de vols, …). La mise en relation des éléments biologiques d’une part, des données d’aménagements et d’infrastructures actuelles et prédictives d’autre part, permettra de mettre en place des mesures d’évitement, de réduction et, le cas échéant, des mesures compensatoires vis-à-vis des impacts des différents projets (démarche ERC). Le cadre réglementaire positivement renforcé dans lequel s’inscrit cette démarche a pour but de concilier aménagement et développement durable.

Schéma de principe de trame verte et bleue - BIOTOPE ©

Tous ces aménagements, infrastructures, activités, sont bien sûr essentiels au développement de l’île. Mais ils doivent aussi être considérés comme des éléments pouvant fragmenter des écosystèmes. A l’heure où la démarche de cartographie des corridors écologiques de La Réunion notamment est lancée, les divers projets d’aménagement et de développements ont l’obligation de prendre en compte les trames verte et bleue associées. Aux logiques de corridors écologiques type trames verte et bleue pourrait donc également se voir adjoindre une approche trame « noire/nocturne » qui fait déjà l’objet d’analyses en métropole. Cette approche permet de prendre en considération les effets de la pollution lumineuse qui touche tout particulièrement ce pan de biodiversité réunionnaise.


Eclairage artificiel sur la zone industrielle portuaire - BIOTOPE ©

En réponse à ces différents enjeux, le projet OMAIR permettra d’établir un cadre référentiel pour l’intégration écologique optimale de l’aménagement et des infrastructures à La Réunion vis-à-vis des espèces considérées. Les données existantes seront rassemblées et mises au service d’un objectif commun. Grâce à plusieurs méthodologies, dont certaines très innovantes (cf. rubrique « MATERIEL SPECIFIQUE ») une campagne d’acquisition de données considérable et inédite sera réalisée durant le projet (caractérisation temporelle et spatiale des flux d’oiseaux, localisation et quantification actualisées des colonies à l’échelle de l’île).

Par ailleurs, le contexte détaillé pour les oiseaux marins est également valable pour d’autres éléments remarquables de la biodiversité réunionnaise (salanganes et chiroptères), généralement peu étudiés en raison de difficultés méthodologiques (mœurs nocturnes et/ou capacités de déplacement importantes et rapides). Ainsi, ces travaux pourront éventuellement apporter de l'information sur ces espèces également protégées sensibles mêmes aménagements et infrastructures.

Ce projet laisse une place importante à la sensibilisation et à la formation locale. A titre d’exemple depuis deux ans, quatre étudiants réunionnais du Master 1 BEST (Biodiversité et EcoSystèmes Tropicaux) de l’Université de La Réunion sont venus renforcer le projet dans le cadre de leur stage universitaire (2013/2014 et 2015/2015). Un étudiant de Master 1 PNB (Patrimoine Naturel et Biodiversité) de l'Université de Rennes a également participé au travaux dans le cadre de son stage (2014/2015).

La réflexion portera également sur la faisabilité d’extension des moyens et analyses à ces enjeux, de même qu’à l’intégration d’évolutions méthodologiques voire de nouvelles technologies permettant une plus-value de résultats.

Enfin, que ce soit pour des raisons techniques (maitrise d’outils déployés dans le cadre de la thèse – notamment le radar - ) ou pour des raisons de contextes similaires (oiseaux marins impactés, îles montagneuses urbanisées…) de nombreux contacts internationaux ont déjà été entrepris auprès de différents spécialistes, afin de partager les expériences et les compétences et faire rayonner le projet à l’international (Seychelles, Hawaï (USA), Suisse, Portugal, Nouvelle-Zélande, Caraïbes …).

Positionnement du radar au pied d'une voie de communication routière - Benoit Gineste - BIOTOPE ©

Vu les différents contextes mentionnés ci dessus, le projet de thèse a pour objectif deux axes fondatementaux : 1° l'amélioration des connaissances scientifiques pour une description actualisée des réservoirs biologiques et des corridors de passage des oiseaux marins ; 2° l'étude approfondie de l'impact avéré et potentiel des aménagements et infrastructures sur les oiseaux marins à La Réunion, ceci permettant in fine, la création d'un outil d'aide à la décision spatialisé, fiabilisé et actualisé.