L’application de la comptabilité par partie double à la biodiversité

18/09/2020

Les parties prenantes internes et externes des entreprises sont de plus en plus conscientes de l’importance du « capital naturel » dans la création de valeur. Au cours des deux dernières décennies, les entreprises ont publié un nombre sans cesse croissant de rapports sur leur prise en compte du capital naturel, en particulier en liens avec le changement climatique (bilan carbone), l’eau et les déchets.

Pourtant, les données quantifiées divulguées sont actuellement essentiellement limitées aux flux annuels, tels que l’utilisation des ressources ou les émissions de gaz à effet de serre. La biodiversité est souvent traitée uniquement de manière narrative (peu de chiffres, peu de traçabilité) et sans tenir compte de l’impact net, au bilan, de l’entreprise sur le « stock » de capital naturel.

Dans un article récent, nous proposons l’adoption de nouvelles conventions comptables à la biodiversité, basées sur la comptabilité par partie double qui est couramment utilisée par les entreprises.

Il s’agit en effet du principe de base du système comptable utilisé par toutes les entreprises et organisations : les écritures comptables sont inscrites dans deux comptes (au moins) : un compte débité et un compte crédité. L’historique des écritures reflète ainsi à chaque date, la photographie de la situation financière de l’entreprise, avec ses acquis, l’état de sa trésorerie, l’évaluation des risques, ses dettes et ses créances. L’égalité entre les débits et les crédits permet en effet des contrôles sous plusieurs angles de la rigueur de la comptabilité

Pour appliquer le principe de bilan comptable à la biodiversité, les hectares concernés par les activités d’une entreprise (ou d’un site ou projet) sont comptés et leur état de conservation est qualifié au regard d’un état de référence (le bon état) grâce à des données et observations de terrain (les salariés de Biotope sont spécialistes de ce type d’évaluation). Le nombre d’hectares, multiplié par l’indicateur d’état de conservation, nous donne un chiffre qui pourra ainsi constituer une unité de compte dans le bilan comptable de l’entreprise. Les surfaces et leur état de conservation constituent alors une mesure du « capital biodiversité » dont dispose l’entreprise, et dont elle a la responsabilité vis-à-vis de ses parties prenantes et du reste de la société.

Cette méthode permet ainsi d’évaluer quantitativement le capital naturel d’une entreprise, de suivre et d’agréger les impacts sur les écosystèmes, à la fois positifs et négatifs, au fil du temps et sur différents sites. Ces données peuvent aussi aider les parties prenantes à mieux comprendre si les activités de gestion misent en place sont efficaces pour atteindre leurs objectifs de biodiversité, et ont pour ambition d’aider la prise de décisions éclairées.

Pour illustrer l’application de cette approche, les cas de la gare de Manduel (Gard) et du Site Naturel de Compensation de Cossure (Bouches-du-Rhône) ont été étudiés.

L’article est disponible en intégralité dans la revue Ecosystem Services: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2212041620300462.

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