Projet de recherche AQUOUSTIC : mieux comprendre les impacts acoustiques des travaux en milieu aquatique continental sur les mollusques d’eau douce
Projet de recherche financé par le programme ITTECOP, coordonné par Biotope (2026-2029)
Biotope réalise environ 1000 dossiers réglementaires d’impact par an dont au moins ¼ concerne directement ou indirectement les milieux aquatiques. Si les impacts directs sont bien cernés, les impacts indirects font l’objet d’hypothèses dans leur traitement. En particulier, une question sur l’impact des travaux sur les milieux aquatiques demeure à ce jour non résolue : lors de la réalisation de travaux en rivière, berges ou lit mineur, des ondes acoustiques sont produites. Ces ondes se propagent non seulement dans l’eau mais aussi dans le substrat. Les habitats et les espèces environnantes, notamment la malacofaune composée des moules d’eau douce, sont alors impactés.

En France, trois espèces sont protégées : la Mulette perlière Margaritifera margarifera, la Mulette épaisse Unio crassus et la Grande Mulette Pseudunio auricularius, en danger critique d’extinction au niveau mondial (IUCN Comité français et al. 2021). D’autres espèces sont considérées comme menacées par la liste rouge nationale des mollusques (IUCN, 2022) comme la Mulette des rivières Potomida littoralis ou l’Anodonte comprimée Pseudanodonta complanata (En danger). À ce titre, la Grande Mulette fait l’objet de deux Plans Nationaux d’Actions (Prié et al. 2011 ; Richard & Prié 2022) et devant l’urgence de la prise en compte de la Mulette épaisse dans les dossiers réglementaires, un guide sur les enjeux lui a été dédié (Cucherat et al., 2021).
Les bivalves d’eau douce sont dans l’incapacité de fuir les perturbations du milieu engendrées par les travaux sur les infrastructures, d’où l’importance de l’évaluation et du dimensionnement de cet impact.
Objectif :
Le projet AQUOUSTIC a pour objectif de mieux comprendre les impacts des perturbations acoustiques engendrés par les travaux de réfection et de construction des infrastructures de transport (ponts routiers et ferroviaire, voies navigables et ports et plateformes, etc.) sur les mollusques d’eau douce, grâce à des études en laboratoire et en grand cours d’eau.
Infrastructures ciblées :
Voies navigables, ponts routier et ferroviaires, passerelles vélo et piéton, port fluvial, palplanches, installation de pieux pour structures temporaires des travaux ou définitifs (quais), etc.
Le projet se décompose en deux phases :
- Une phase laboratoire pour déterminer les seuils de sensibilité aux ondes acoustiques et vibratoires des moules face à un impact acoustique. Les individus seront installés dans des aquariums et soumis à une source sonore et vibratoire modélisant l’impact d’un battage de pieux ;
- Une phase in situ sur deux sites dans la Loire et un sur la Seine permettant de suivre la propagation des ondes générées par les travaux dans le milieu selon la distance à la source ainsi que de définir des seuils d’impacts sur les moules selon l’intensité des ondes. Plusieurs méthodes expérimentales seront mises en œuvre : le suivi des ondes acoustiques par un réseau d’hydrophone, le suivi des impacts sur les moules par valvométrie et quadrats.
Résultats attendus :
Les résultats permettront de mieux caractériser les impacts de ces perturbations sur les moules d’eau douce et ainsi de mieux conseiller les maîtres d’œuvre et aménageurs d’infrastructures pour la prise en compte de ces espèces, et donc mieux dimensionner les mesures de la séquence Eviter Réduire mais aussi Compenser afin d’assurer l’efficacité notamment des mesures de déplacements de ces espèces. Les mollusques bivalves sont des témoins de la biodiversité, et ce projet nous donnera plus largement accès à une meilleure compréhension de l’impact de la pollution sonore sur la biodiversité de nos cours d’eau.
Partenariat :
Pour mener à bien ce projet, Biotope s’est entouré de trois partenaires :
- L’équipe de Neuro-Ethologie Sensorielle (UMR CRNL/ENES (UMR CNRS 5292 et Université de Saint Etienne) étudie l’impact des stresseurs sur la malacofaune, en particulier la pollution sonore et les invasions biologiques, grâce à son expertise en playback acoustique en laboratoire et in situ.
- molluSCAN-Eeye est une startup deeptech issue du CNRS et de l’université de Bordeaux, qui a développé un savoir-faire dans le suivi du comportement et de différents traits de vie de mollusques en milieu naturel grâce à un outil de bio-monitoring dédié, mis au point initialement pour la recherche fondamentale : molluSCAN-eye®. Cet outil permet d’enregistrer en continu l’activité de mollusques bivalves et ainsi de suivre en temps réel et à distance leur activité physiologique. Cet outil sera testé et adapté dans le cadre du projet.
- Le Département de Loire-Atlantique (CD44) possède l’accès aux ouvrages et maîtrise les contraintes de portage de projets dans le cadre de travaux de rénovation ou d’entretien des infrastructures, notamment sur le volet environnemental.

Plus d’informations :
Consulter la fiche du projet sur le site d’ITTECOP



