Mission d’exploration naturaliste à Gros-Saut (Guyane)

22/04/2021

Témoinage de Frédéric Melki, président de Biotope et de sa Fondation d’entreprise

“Depuis l’hélicoptère, lorsque nous sommes arrivés sur la zone de Gros-Saut, la première vision de la crique Grand-Abounami, a été celle des puissants rapides charriant une eau limoneuse et vaporisant de la brume dans la forêt. Nous avons tout de suite compris que nous étions sur un site exceptionnel, mais que nous avions deux problèmes. Tout d’abord cette pluie persistante de « saison sèche » gonflait les eaux et charriait poissons et bois morts vers l’aval. Ensuite, l’impression immédiate que la couleur de l’eau n’était pas due qu’à la pluie, mais que, plus haut sur la crique, des hommes s’acharnaient à lessiver les berges pour extraire des paillettes de rêves, des espoirs de richesse. Nous qui étions venus d’abord pour découvrir en plongée un monde subaquatique jamais observé par l’Homme, nous qui rêvions d’eaux transparents et de poissons inconnus avons dû avaler notre déception et nous mettre au travail différemment.

Si nous ne pouvions photographier les poissons dans leur milieu, nous allions recréer de petits milieux naturels dans des aquariums et tenter de capturer un maximum de poissons pour savoir qui vivait sous la surface de l’eau. Et là, tout en essayant d’oublier la pluie insistante, nous avons eu de grandes satisfactions.

Ce Farlowella, poisson-phasme étrange, dont en ne sait pas encore s’il est espèce retrouvée ou espèce inconnue jamais observée, ces Poisson-pingouins, ces poisson-crayons, toutes ces bribes de connaissance arrachées à la forêt, tous ces savoirs qui s’écrivent pour la postérité naissent d’un travail harassant et minutieux : attraper les poissons dans un fleuve en furie, les identifier, les installer en aquarium, les photographier malgré la buée pugnace, en conserver certains dans l’alcool et tout bien noter.

Ensuite, les ramener avec soi, questionner les publications anciennes, confronter les points de vue, faire parler leur ADN pour…peut-être un jour avoir l’immense honneur de leur donner un nom. Ce sont toutes ces histoires qui s’écrivent dans une expédition telle que celle de Gros-Saut, toutes ces histoires qui font que malgré l’éloignement, la pluie, l’inconfort, les innombrables boîtes de maquereaux au vin blanc avalées sur le terrain, nous sommes infiniment fiers et heureux de participer à une telle aventure. »

Frédéric Melki

 

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à consulter le rapport d’activité du Parc Amazonien de Guyane

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